Le fort peut être visité
Citadelle de Blaye
La citadelle de Blaye est un complexe militaire de 25 hectares bâti entre 1685 et 1689 par l'ingénieur militaire François Ferry, directeur général des fortifications de Guyenne, sous la supervision de Vauban. Dominant l'estuaire de la Gironde, elle se situe dans la commune de Blaye, dans le nord du département de la Gironde, en France. Elle forme un vaste ensemble fortifié entouré de courtines, complété par quatre bastions et trois demi-lunes. L'intérieur est conçu comme une véritable caserne s'articulant autour d'une place d'armes, d'un couvent abritant autrefois des religieux de l'ordre des Minimes, et de plusieurs casernements destinés au logement de la troupe. Plusieurs éléments des fortifications médiévales sont conservés dans le nouvel ensemble, parmi lesquels le château des Rudel (XIIe siècle), la porte de Liverneuf (XIIIe siècle) ou la tour de l'Éguillette (XVe siècle). Conçue pour contrôler la navigation sur l'estuaire, la citadelle est complétée par le fort Paté, sur l'île Paté, et par le fort Médoc, situé sur la rive opposée de la Gironde, l'ensemble est alors dénommé « verrou de l'estuaire ». Elle est intégralement classée monument historique le 11 mai 2009, elle est également l'un des douze sites intégrés au Réseau des sites majeurs de Vauban et est à ce titre inscrite le 7 juillet 2008 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Elle est classée depuis le 20 décembre 2010 comme étant un site majeur d'Aquitaine. Depuis 1977, la citadelle est le cadre du jumping international de Blaye qui se déroule chaque année en juillet.
Histoire+
Origine+
La présence d'un éperon rocheux dominant de 35 mètres l'estuaire de la Gironde explique l'établissement précoce de fortifications à l'emplacement de l'actuelle citadelle. S'il apparaît comme vraisemblable que le site ait été choisi par les Romains pour y édifier le « castrum » de Blavia, ce n'est que vers le VIIe siècle que la présence d'un premier château est attestée, celui-ci apparaissant comme l'une des résidences ponctuelles du jeune roi d'Aquitaine Caribert II (lequel est enterré dans l'ancienne basilique Saint-Romain). Peu de documents permettent de savoir ce qu'il advient de ce château à la mort du souverain en 632.
Le château médiéval+
Guillaume IV Taillefer, comte d’Angoulême prend possession du château en 994. À sa mort en 1028, celui-ci le transmet à son cadet Geoffroi, puis en 1048 à Geoffroy dit Rudel. La forteresse restera sous le contrôle des Rudel jusqu'au début du XIVe siècle. D'après les chroniques Adhèmar, le château, démoli par le Guillaume IX d'Aquitaine en 1096, est reconstruit par Wulgrin Rudel dans la première moitié du XIIe siècle. C'est sans doute de ce château que le troubadour Jaufré Rudel est parti en croisade en 1146. Remanié à plusieurs reprises, le château des Rudel est encore en assez bon état en 1685 pour que le commissaire général des fortifications Sébastien Vauban décide de l'intégrer dans la citadelle dont il propose la construction.
Fortification bastionnée+
De fait, si une première campagne de fortifications a lieu dès 1652, sous la direction de l'ingénieur militaire Blaise François Pagan, la construction de la citadelle actuelle est due à la volonté du "Roi-soleil" d'établir un solide verrou sur la Gironde s'inscrivant dans le plan général de protection des côtes et permettant aussi de contrôler la navigation sur le fleuve afin de "tenir Bordeaux dans le devoir s'il lui arrivait de faire la bête". La place forte est ainsi conçue pour être la pièce-maîtresse d'un triptyque englobant le fort Paté, construit en 1693 sur l'île éponyme, et le fort Médoc, édifié en 1691 sur la rive opposée de l'estuaire. Sous l'impulsion du duc de Saint-Simon, gouverneur de Blaye, un premier chantier est lancé au milieu des années 1660, dirigé par Nicolas Desjardins et Pierre Duplessy-Michel sous la direction de l'intendant Claude Pellot. Les travaux de la citadelle sont par la suite supervisés par le maréchal Vauban, la réalisation de l'œuvre étant confiée à l'ingénieur militaire François Ferry. Ce dernier est aidé dans sa tâche par plusieurs assistants : ce sont tout d'abord Charles Thuillier, de 1685 à 1690, puis Jean-Baptiste Augier de 1686 à 1691, enfin Pierre Jablier - le neveu de François Ferry - de 1688 à 1705. L'édification de la forteresse ne va pas sans causer de profonds bouleversements à la trame urbaine médiévale : ce n'est rien moins que la majeure partie de la ville qui est détruite afin de laisser la place à un vaste complexe semi-circulaire de 25 hectares épousant la forme du rocher. Ces transformations radicales n'épargnent pas l'antique basilique Saint-Romain, jadis lieu de pèlerinage et nécropole des rois d'Aquitaine, dont la tradition rapporte qu'elle fut également le lieu d'inhumation du comte Roland de Blaye, neveu de Charlemagne. Sacrifiée afin d'établir un glacis défensif autour de la citadelle, ses ruines ont été mises au jour dans les années 1960.
Seuls quelques éléments des fortifications médiévales échappent à la destruction : le château des Rudel, qui servira de logis au gouverneur militaire, la porte de Liverneuf (XIIIe siècle) ou la tour de l'Éguillette (XVe siècle), tandis que deux maisons du XIIIe siècle. Les habitants sont relogés dans une « ville-neuve » reconstruite à quelques centaines de mètres plus à l'est. Le gros-œuvre, entamé en 1685, est achevé en 1689. Les travaux se poursuivent cependant jusqu'au début du XVIIIe siècle. Lorsqu'un arrêté du comité de salut public ordonne le rassemblement des prêtres réfractaires en vue de leur déportation prévue vers la Guyane (25 janvier 1794), plusieurs centaines d'entre eux, appréhendés dans différentes provinces du sud de la France, sont parqués dans les cachots de l'ancienne prison de la citadelle (actuel bâtiment de la manutention) ainsi que dans les geôles du fort Paté. Les conditions de détention sont particulièrement difficiles : au manque de nourriture s'ajoutent les brimades et les mauvais traitements, qui ne tardent pas à avoir raison des plus faibles. En 1999, l'association locale d'archéologie a mis au jour des chapelles ardentes dans une des salles de l'ancienne prison, certaines ayant été garnies de niches afin d'y accueillir de petits cierges. En avril 1795, les détenus survivants sont libérés.
Sous le Premier Empire, la citadelle recouvre toute son importance stratégique, alors que les navires de guerre britanniques croisent régulièrement au large des côtes aquitaines et charentaises. C'est d'ailleurs en 1814 que la forteresse blayaise va connaître son unique siège alors que l'empire est déjà agonisant. Une escadre anglaise, commandée par l'amiral Penrose, prend position à hauteur Pauillac. Pendant plusieurs jours, un mortier de gros calibre va bombarder la ville, puis la citadelle placée sous le commandement du chef de bataillon Merle. Ce dernier refuse obstinément de se rendre et ce n'est que l'abdication de l'empereur Napoléon Ier, auquel succède sur le trône le roi Louis XVIII, qui amène la cessation conjointe des hostilités. Du 15 novembre 1832 au 8 juin 1833, la citadelle sert de lieu d'internement à la duchesse Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry, détenue sur l'ordre du roi Louis-Philippe pour avoir fomenté un soulèvement visant à porter sur le trône son fils le duc de Bordeaux. Pendant les derniers mois de sa détention la duchesse de Berry sera placée sous la surveillance du général Thomas-Robert Bugeaud, nouveau commandant de la place, qui l'accompagnera lors de son retour en Sicile.
En 1851, le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte conduit à des révoltes sporadiques dans plusieurs régions du sud-ouest. Plusieurs dizaines d'insurgés sont emprisonnés dans les sous-sols de l'hôpital, convertis en cachots de fortune. Manque d'hygiène, surpopulation, les conditions de détention apparaissent vite comme inadaptées. En janvier 1852, l'une des prisonnières perd la raison. Tandis que cette dernière est envoyée dans un établissement psychiatrique, ses codétenues sont relaxées. Les hommes ne bénéficient pas de cette mesure de clémence et sont déportés au bagne de Cayenne ou dans des geôles en Algérie.
Démilitarisation+
Inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques dès 1925, la citadelle apparaît pourtant menacée dans le courant des années 1930. En effet, pour faire face à l’érosion maritime de la pointe de Grave, le port de Bordeaux procède à des enrochements en exploitant la carrière des Cône et obtient du ministère de la guerre l'autorisation d'entamer la démolition de la demi-lune du Cône. Bien que regrettant que soit porté atteinte à l'intégrité du monument, le ministère des Beaux-Arts donne son accord. Les travaux de démolition débutent en 1936 mais se heurtent bientôt à une mobilisation menée par plusieurs personnalités locales, dont le maire Édouard Doré et le sous-préfet Jacques Guillemaut. Un journaliste local, Paul Raboutet, orchestre une campagne médiatique dans plusieurs journaux de la région, dont « L'illustration » et « L'avenir blayais et jonzacais ». Cette dernière est reprise par une partie de la presse nationale, conduisant à l'interruption des travaux peu après. Le 27 août 1937, les fortifications et les glacis est classée monument historique. En 2008, la citadelle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au sein du bien en série les Fortifications de Vauban. L'année suivante, le 11 mai 2009, la protection du monument est renforcée par le classement monument historique de l'intégralité du site.
Description+
Dans sa configuration actuelle, la citadelle apparaît comme un ensemble en hémicycle formé d'une enceinte à quatre bastions et trois demi-lunes, ceinturé par de profondes douves et par un glacis à contrescarpe. À l'ouest, la falaise surplombant la Gironde renforce encore les fortifications. L'érosion naturelle a cependant conduit à la programmation d'un plan de prévention des risques mouvements de terrain (PPRMT), premier pas vers des travaux de consolidation de cette partie de la citadelle. Chaque bastion est conçu de telle sorte qu'il puisse au besoin être protégé par des tirs croisés provenant des bastions collatéraux, organisation typique des réalisations de Vauban.
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Lieu : 45.1293, -0.6664